Pour le jeu de ...
... Chaussette,
je vais vous raconter une histoire,
un souvenir d'enfance.
C'est une histoire triste,
préparez vos mouchoirs et pour qu'elle
pèse moins, je vais en même temps, montrer
les animaux de la maison.
Ma mère et ma petite soeur adoraient les animaux.
Quand l'endroit s'y prêtait, nous déménagions souvent,
poules, oies, canard, lapin, chiens et chats
se partageaient leurs faveurs.
J'avoue, qu'à part notre chat noir à cravate blanche, Minou,
que j'ai vu arriver, alors que j'avais quatre ou cinq ans,
je préférais les livres et leurs histoires.
Mais une petite chienne, une loulou blanche,
m'avait adoptée et me suivait partout.
Je l'aimais bien aussi, naturellement, et j'étais
fière d'avoir été choisie par elle
bien que je ne fasse aucun effort pour lui plaire.
J'avais une dizaine d'années. Nous habitions en bordure
d'un canal et pour aller faire les courses, il fallait
marcher environ deux kilomètres.
Un jour d'été, Maman m'envoya faire des courses.
Bien sûr, la petite chienne m'emboîta le pas et nous
voilà sur la route mais elle ne faisait pas
que me suivre docilement.
Ella allait, venait, furetait à droite, à gauche,
traversait la route,
enfin bref, prenait tout le plaisir que la promenade lui offrait.
Et moi, toute fière d'être aimée, suivie et investie
de responsabilité,
je suivais ses allées et venues, inquiète quand elle s'éloignait.
Nous marchions depuis quelques dix, quinze minutes
quand,
la petite chienne étant de l'autre côté et voyant une
fourgonnette arriver, j'eus peur
et la rappelais.
Ce n'était pas la bonne décision et la voiture lui passa
sur le corps. La chienne s'enfuit en hurlant et j'eus
beau la chercher, ne la retrouva pas.
Après avoir expliqué ce qui était arrivé à Maman,
elle conclut qu'elle était partie mourir dans un coin.
J'eus plus de remords que de peine et je pris conscience
de la responsabilité que l'on a sur les êtres
qui nous sont confiés, que ce soit
de par notre choix ou du leur.
Quelques semaines après,
elle reparut en bonne santé apparente.
Le temps passa, elle n'avait pas du tout l'air
d'avoir été blessée.
La saison des amours arriva et elle se trouva
en état d'avoir des bébés.
Vint le moment des naissances.
Elle mit au monde un bébé, puis deux, et pour le
troisième, n'y arriva pas. Elle mourut.
Je porte jusqu'à aujourd'hui, la responsabilité de sa mort.
La voiture avait du lui passer sur les reins
et au moment d'accoucher, peut-être d'un plus gros
chiot, sa blessure bien que guérie ne lui a pas
laissé la possibilté d'aller jusqu'au bout.
Ce fut l'explication que Maman donna à cette mort.
Voilà mon histoire.
Je vous avais prévenues, il faut des mouchoirs.
Je ne vous l'aurais sûrement jamais racontée si la
maîtresse de Chaussette ne me l'avait pas
suggéré, puisque je n'ai pas d'animaux chez moi.
Je sais, elle voulait, quelque chose de gai,
mais je ne vois rien qui puisse, chez moi ni dans mes souvenirs,
remplir cette fonction.
Disons que je suis hors concours.
Je vous souhaite malgré cet instant d'émotion,
une très belle journée.
A demain !













