Printemps aux jardins du Palais Royal.

Il n'y a que Colette qui pouvait vous 

en parler. 

Je ne pourrais vous montrer le 'quadrilataire'

comme elle l'appelait avec ses yeux

car je ne peux monter à son étage

et ne pourrais le photographier de haut.

001

 

Je vais reprendre un de ses textes écrit dans les dernières années de sa vie.

002

 

Je sors. Tu n'attends personne ? Personne.

C'est une vérité relative. Je ne peux pourtant avouer à mon meilleur ami ...

005

 

... que j'attends le printemps. Qu'attendrais-je sinon le printemps ? Je suis sa créancière cette année.

006

Il me doit son revenez-y d'automne, que nous n'avons pas eu, l'accès fébrile qui rallume les candélabres des marronniers, force les lilas en octobre et tire des ramures dénudées les feuilles imprévues, enfin la crise que nous appelons Eté de la Saint Martin.

009

 

Car personne ne s'avise, deux fois dans la même année, de nommer printemps ce qui est printanier.

010

 

Le sentiment d'attente ne s'ajuste qu'au seul printemps. Avant lui, après lui nous escomptons la moisson, nous supputons la vendange, nous espérons le dégel. 

031

 

On n'attend pas l'été, il s'impose; on redoute l'hiver. Pour le seul printemps nous devenons pareil à l'oiseau sous l'auvent de tuile, pareils au cerf lorsqu'une certaine nuit il respire, dans la forêt d'hiver, l'inopiné brouillard qui tiédit l'approche du temps nouveau.

027

Une profonde crédulité annuelle s'empare du monde, libère trop tôt la voix des oiseaux, le vol de l'abeille. 

030

 

Quelques heures - et nous retombons à la commune misère d'endurer l'hiver et d'attendre le printemps ...

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-On gèle ici ! Pauline !

Bien sûr, madame. C'est régulier, on n'est pas de sitôt au printemps.

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... qui n'arrive jamais selon notre attente. Il arrive - disions-nous enfants - en voiture, c'est-à-dire qu'il roule et s'irrue sur un char de tonnerre, fouaillé par de grands zigzags de foudre.

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Ou bien (...) le renouveau efface un matin tout le bon travail d'avril déjà bien avancé, emplit le ciel d'une bourre grise qui se dénoue en neige comme un édredon crevé.

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Il ne faisait pas froid, d'ailleurs, ce matin-là; quelle moelleuse neige ! Elle s'accrochait aux minons jaunes des noisetiers, et tombait si serrée que je priai mon vieil ami d'arrêtait la voiture, pour que je pusse écouter le chuchotement de la neige sur le lit des feuilles mortes.

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C'est un murmure très doux, et comme syllabé. J'ai plus d'une fois cherché à le décrire.

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En le comparant à la prière basse d'une foule orante, je vais échouer encore une fois, surtout si j'oublie de mentionner qu'un autre bruissement l'accompagne, le souligne comme de pages soyeuses feuilletées diligemment.

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Belle neige d'avril ... 

L'étoile Vesper - Colette

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Pas de neige, cette année. Ni en avril, ni de tout l'hiver sur les frondaisons du jardin.

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Seul, le tonnerre se fit entendre, un peu, en mars.

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Mai sera-t-il, lui, printanier ? Les tulipes, lilas magnolias disent oui.

Les roses, elles se pensent déjà en été, mais le ciel déverse ses nuages et le temps se fait froid.

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Bien sûr,  Colette n'a pas vécu notre hiver car elle se serait extasiée avec force adjectifs dont certains 

plus très connus. Mais moi, pauvre chose, je ne peux que vous dire ce que vous savez déjà

avec mes mots de tous les jours.

Et vous montrer les lieux qui l'ont inspirée et qu'elle a aimés.

Je vous souhaite de beaux jardins où l'inspiration se dispute à la beauté.

A demain !

 

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