Nuit blanche

 Il a plu toute la journée,

les nuages masquent lune et étoiles

et le silence n'est troué que par les avions

dont j'entends le passage.

Il fait nuit, 

les Variations Goldberg s'égrennent, le thé est prêt,

Marco Polo vert de Mariage Fr. ...

011

... et je ferme le livre que je viens de finir.

007

 

 

Sur le bateau nous étions presque toutes vierges. Nous avions de longs cheveux noirs, de larges pieds plats et nous n'étions pas très grandes.

Sur le bateau, nous nous interrogions souvent : nous plairaient-ils ? Les aimerions-nous ? Les reconnaîtrions-nous d'après leur portrait quand nous les verrions sur le quai ?

Sur le bateau, nous nous plaignions de tout. Des puces. De l'insomnie. des punaises de lit. De la puanteur des latrines, énormes trous béants s'ouvrant sur la mer ...

Sur le bateau nous conservions la photographie de notre époux dans un minuscule médaillon ovale suspendu à notre cou, dans une bourse en soie, une vieille boîte à thé, un coffret de laque rouge, dans la grosse enveloppe marron qui nous l'avait apportée d'Amérique.

 

009

 

L'écriture de Julie Otsuka est puissante, poétique, incantatoire. Les voix sont nombreuses et passionnées. Les visages, les voix, les images, les vies que l'auteur décrit sont ceux de ces Japonaises qui ont quitté leur pays au début du XX° siècle pour épouser, aux Etats-Unis un homme qu'elles n'ont pas choisi.

Cette nuit-là, nos nouveaux maris nous ont prises à la hâte. Ils nous ont prises dans le calme. Avec douceur et fermeté, sans dire un mot. Persuadés que nous étions vierges comme l'avait promis la marieuse. Ils nous ont prise par terre, sur le sol nu du Minute Motel. Ils nous ont prises avec gourmandise, voracité, somme s'ils n'attendaient que cela depuis des siècles. Ils nous ont prises dans la violence, à coup de poing, chaque fois que nous tentions de résister. Ils nous ont prises par surprise 'J'avais treize ans et je n'avais jamais regardé un homme dans les yeux.'

A la façon d'un choeur antique, leurs voix s'élèvent et racontent leurs misérables vies d'exilées ... leur nuit de noce, souvent brutales, leurs rudes journées de travail dans les champs, la naissance de leurs enfants, l'humiliation des Blancs ... Une véritable clameur jusqu'au silence de la guerre. Et l'oubli.

 

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Merci Catherine de m'avoir fait lire ce livre qui montre que sous tous les cieux,

la vie de femme peut être une une pauvre vie. 

 

Lu aussi ...

 

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... La fille en jean d'Egine de notre copinaute Liza.

La fille d'Egine a disparu. 

C'est Necktarios le marchand de pistaches qui l'a annoncé.

Pendant que les conversations vont bon train au café de la mairie, on pêche le cadavre dans le port du Pirée.

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Envoyé avec un marque page home-made.

Une petite récréation bien agréable qui m'a fait passé le temps dans le train.

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Et ...

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... j'ai feuilleté une revue de cuisine qui a attiré mon attention.

Cela fait bien longtemps que je n'en ai acheté car j'ai la manie

de vouloir tout essayer et j'ai des tonnes de recettes

qui attendent.

Dommage que je ne l'ai eu qu'après les fêtes, regardez plutôt.

eclairs

L'Eclair de Génie, le pâtissier dont on parle,

et avec les recettes s'il vous plaît.

Il ne pouvait pas mieux tomber  !

 

revue

 

Et il y en a quarante comme cela.

De quoi vous faire de beaux lundis,

mais  aurais-je le même talent que ces chefs ?

Pas sûr, pas sûr du tout. Mais les revues sont là pour

nous faire rêver et pour m'aider à m'endormir,

dans le cas présent.

Et les heures passent, je vais pouvoir me coucher et

malgré le demi-litre de thé bu, dormir.

Bonne lecture et à demain !

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